Crises de couple : quels remèdes ? - Hors-Normes

Crises de couple : quels remèdes ?

écrit par Vintu, Victor
Arrêtons-nous aujourd’hui sur la question suivante : l’écriture aurait-elle des effets thérapeutiques ?
Nous essayerons de définir l’écriture, ses différents usages. Puis nous réfléchirons à la place qu’elle peut prendre dans un processus thérapeutique qui conduit les personnes en détresse à dépasser les effets destructeurs d’un traumatisme, quelle qu’en soit la forme.
Trois destins différents concluront temporairement cette modeste tentative de valoriser le rôle de l’écriture.

L’écriture, à quoi ça sert ?

L’écriture est une représentation de la parole et de la pensée par des signes. Qu’ils soient cunéiformes (dans la première forme d’écriture connue, sumérienne), idéogrammes ou alphabétiques.
L’écriture représente des choses du monde qui nous entourent, vivantes ou inertes. Elle donne forme à nos pensées, nos émotions, nos sentiments, nos perceptions tactiles, visuelles ou auditives.
Comme la parole, en usage dans les cultures de tradition orale, l’écriture est un autre outil de transmission aux générations qui nous suivent.
L‘écriture, comme la parole, est aussi un outil de communication inter-humaine, de transmission d’informations.
Dans ces formes modernes, elle est devenue courriel ou SMS sur les téléphones portables. Un exemple : “Chéri, n’oublie pas d’aller chercher les enfants à la garderie, au risque que les gendarmes s’en occupent !”.

L’écriture, un outil de transmission de connaissances

L’écriture est un outil de formalisation et de transmission des connaissances passées et présentes. En cela, elle est essentielle à l’apprentissage.
Je me souviens d’avoir beaucoup écrit. D’une part pour apprendre mes cours, de l’âge de 13 ans à 27 ans (à la fin de mes études de médecine). D’autre part, d’avoir rédigé ma thèse de doctorat en médecine.
Cette méthode simple renforçait mes capacités de mémorisation. Comme l’habitude était acquise, je l’ai cultivée. J’ai rédigé des observations cliniques des enfants que je suivais en consultation.
De façon plus officielle, j’ai écrit un mémoire pour valider mon diplôme universitaire de psychopathologie du nourrisson. Puis un second mémoire, dix ans plus tard, pour valider ma formation de thérapeute familial. Ces exemples montrent un autre usage de l’écriture : la validation de nouvelles compétences professionnelles.

L’écriture, un outil d’observation et d’analyse

Les travailleurs sociaux, acteurs que j’ai souvent côtoyés, sont chargés d’évaluer des informations préoccupantes qui laissent supposer qu’un enfant pourrait être en danger dans sa famille. Ils formalisent leurs observations et leurs analyses des situations par écrit. La qualité de ces écrits est importante. Car elle détermine les suites à donner aux inquiétudes formulées dans l’information initiale.
Ces écrits sont également une aide à la décision pour les juges pour enfants, quand les professionnels évaluateurs ont mis en évidence des dangers encourus par les enfants.

Être responsable de ce que l’on écrit

Cet exemple illustre une dimension importante de l’écriture : l’engagement de la responsabilité de celui qui écrit.

Aujourd’hui, trop nombreux sont ceux et celles qui esquivent leur responsabilité en déversant leur haine sur les réseaux sociaux, de façon anonyme. Une façon de dire que l’écriture véhicule le meilleur comme le pire de notre condition humaine.

Du côté du meilleur de l’écriture, je continue de lire les écrits des psychothérapeutes, qui racontent leurs expériences cliniques. Ils font un pas de côté pour mieux approcher la complexité du fonctionnement psychique de leurs patients. Ils partagent ainsi leurs réflexions pour améliorer la qualité des soins en santé mentale.

Les effets thérapeutiques de l’écriture

Revenons maintenant à la question initiale : l’écriture aurait-elle des effets thérapeutiques ? Cela suppose d’avoir à se soulager de souffrances psychiques encombrantes, en évitant le recours à l’automédication par l’alcool. Ou d’autres drogues dont les effets anxiolytiques et antidépresseurs sont furtifs et provoquent une dépendance qui enferme les gens dans leur détresse.

L’écriture permet plusieurs choses :
– De formaliser des représentations de soi
– De construire un récit de notre histoire
– De réfléchir à notre destin, dans tous ses aspects, heureux mais aussi plus sombres.

Si les souffrances psychiques sont trop actives, empoisonnent notre existence, l’écriture solitaire ne suffit pas à trouver les clés de notre prison intérieure. La présence d’un psychothérapeute est nécessaire pour réussir à rompre les chaînes de cette aliénation.
Le thérapeute est formé à l’écoute sécurisante de ses patients. Quand ses qualités sont reconnues comme fiables, le patient va recouvrer progressivement la sécurité intérieure qu’il avait perdue, suite à une agression, un accident, une maladie ou un deuil.
À ce stade de mieux-être, l’écriture peut avoir un effet thérapeutique, comme une mesure du chemin parcouru. Elle permet de se rendre compte du chemin que l’on a parcouru depuis l’évènement difficile ou traumatique que nous avons vécu.

Trois exemples d’écriture thérapeutique

Trois exemples, que j’ai croisés sur mon parcours de lecteur, m’ont beaucoup touché. Je souhaite partager avec vous ce qui me laisse penser que l’écriture pourrait avoir eu un effet thérapeutique sur leur destin.

Philipe Lançon

Le témoignage de Philippe Lançon, “Le lambeau”. Il a écrit cet ouvrage après avoir été gravement blessé lors de l’attentat contre Charlie Hebdo.
Dans ce livre, il raconte comment il a vécu cet attentat terroriste, les blessures graves qu’il a subies. Mais aussi le long parcours de soins chirurgicaux et psychologiques qui s’en est suivi.
Il inscrit le récit de sa reconstruction physique et psychique dans la perspective de ses choix de vie antérieurs à ce massacre, en détaillant le rôle positif que sa famille et ses ami-e-s ont joué dans son parcours de soins.
Philippe Lançon a subi la brutale survenue de la violence guerrière en France qui se croyait en paix. Il dénonce cette folle barbarie avec un humanisme discret, humble. Avec le courage qu’il a puisé dans sa culture et dans ses valeurs.
Son écriture lui a peut-être permis de ne pas s’effondrer, de ne pas céder au renoncement à la vie dans une épreuve si grave. Son écrit est aussi une belle reconnaissance exprimée à toutes les personnes qui l’ont soutenu, soignants et ami-e-s.

Sylvain Tesson

Le témoignage de Sylvain Tesson, “Sur les chemins noirs”, est écrit après un grave accident. Sylvain Tesson, s’est accidentellement défenestré lors d’une fête trop arrosée d’alcool. Après avoir reçu des soins à l’hôpital pendant plusieurs mois, il a entrepris une longue marche solitaire en traversant la France de la côte méditerranéenne à la côte normande.
Son récit, adapté ensuite au cinéma, retrace ses combats pour se reconstruire. À la différence de Philippe Lançon, il n’a pas subi de violence d’un barbare, mais a été victime des inconvénients de la consommation de toxiques.
Avant d’écrire, il a parcouru la France à pied, mettant ainsi son corps convalescent à l’épreuve.
L’écriture inscrit une trace de ses changements de vie imposés par son accident. Comme un effet miroir qu’il nous offre en partage.

Janusz Korczak

Enfin, pour terminer, le dernier exemple que je souhaite mettre en lumière est le “Journal du ghetto” de Janusz Korczak.
Janusz Korczak était médecin et psychopédagogue, il prenait soin d’orphelins dans le ghetto de Varsovie. Il a écrit ce journal en 1941 et 1942. Le 5 août 1942, il a été déporté au camp d’extermination de Treblinka, avec Stéphania Wilczynska, les éducateurs et 200 orphelins. Tous ont été exécutés dans les chambres à gaz.
L’écriture de son journal ne pouvait avoir aucun effet thérapeutique. Janusz Korczak savait que la mort était proche, pour lui et pour les enfants dont il avait la responsabilité. Mais peut-être trouvait-il la force de survivre et de continuer à soigner les orphelins en écrivant. Il nous a légué son témoignage en héritage, pour ne jamais oublier ces atrocités commises par les nazis.
J’ai tenu à rendre hommage au docteur Janusz Korczak, dont la loyauté aux orphelins dont il prenait soin et le courage de ne pas les abandonner dans ce moment de cruauté barbare, est une leçon de vie qui dépasse cet évènement grave.
Son œuvre pionnière a inspiré les hommes et les femmes qui ont ensuite construit la Convention internationale des droits de l’enfant. Il a également inspiré de nombreux professionnels en charge de l’éducation et des soins dispensés aux enfants. Il s’agit d’un précieux héritage humaniste, à cultiver sans modération.

Pourquoi écrire, pourquoi témoigner ?

Sur notre page actualité, vous pouvez découvrir le témoignage des personnes qui ont accepté de nous transmettre un écrit relatant une étape de leur vie en lien avec les thématiques que nous abordons.
La lecture de leurs écrits illustre les effets bénéfiques de leur engagement. La plupart d’entre eux n’auraient jamais osé écrire sur des expériences de vie qui avaient un caractère douloureux.
Faire ce pas de côté, écrire, peut nous permettre de prendre une distance apaisante par rapport à l’impact d’épreuves de vie qui nous déstabilisent durablement.
Mais je me répète, l’écriture seule ne peut suffire à nous soulager quand la souffrance psychique se fait insistante, envahissante, paralysante. Des soins délivrés par des professionnels psychothérapeutes sont alors nécessaires.

Écriture et lecture, deux indissociables

Il n’est point d’écriture sans lecture. Elles se nourrissent l’une et l’autre. Comme dans une danse joyeuse à nous rendre meilleurs, en dansant sur deux pieds.
Et à résister, comme l’a fait Ulysse, aux voix dangereusement séduisantes des sirènes de la haine.
Bonne lecture, avec nos remerciements pour votre attention portée à ce dossier. S’il vous donne l’envie d’écrire, nous accueillerons votre écrit avec plaisir.